La reconsidération du Musulman Noir

La reconsidération du Musulman Noir

Dans l’imaginaire collectif musulman, l’histoire noire est souvent réduite à la figure de Bilal, reléguant des siècles de savoir, de piété et de civilisation à l’oubli. Pourtant, les sources islamiques authentiques révèlent une réalité bien plus riche : des prophètes noirs, des compagnons africains illustres, une arabité enracinée dans la noirceur et une falsification silencieuse autour de la malédiction de Ham. Cet article lève le voile sur cette mémoire occultée et rend justice au musulman noir dans la grande histoire de l’Islam.

Le manque de représentation et de considération vis-à-vis du musulman noir est la cause de son cheminement vers la mécréance (kémitisme et autres).
Certaines librairies musulmanes ont leur part de responsabilité, exemptes d’ouvrages sur ce qui pourrait redonner la fierté à leurs clients des terres africaines, alors que les têtes de gondole ne manquent pas de représenter les autres contrées.
Comprenons que la mise à l’ombre du musulman noir se perçoit comme une exclusion, le considérant de la deuxième classe. C’est ainsi que la noirceur se retrouve méprisée et inapte à symboliser la bénédiction divine.
En quoi les musulmans honoreraient-ils la noirceur en n’évoquant uniquement l’esclave Bilal ibn Rabah, alors qu’il conviendrait mieux de citer le roi Najashi, la nourrice du messager d’Allah صلى الله عليه وسلم Oum Ayman, la première martyre Soumayya et d’autres nombreux Sahaba noirs qui ont honoré l’Islam.

Effacement de la noirceur dans l’histoire islamique

À l’image des gens du livre qui ont imagé leurs saints à la peau blanche, les musulmans ont suivi le même égarement, comme le messager d’Allah صلى الله عليه وسلم nous avait averti : « Vous suivrez certainement les voies de ceux qui sont venus avant vous, empan par empan, coudée par coudée, jusqu’au point que s’ils entrent dans le trou d’un lézard, vous y entrerez aussi ». (Sahih Boukhari 7320)
Certaines personnalités islamiques se sont retrouvées blanchies alors que leur noirceur ne fait pas objet de divergence, à l’instar du cousin du messager d’Allah صلى الله عليه وسلم, Ali ibn Abi Talib.
D’ailleurs, l’arabité trouve son authenticité dans la noirceur et les arabes se définissaient parmi les peuples noirs.
« La couleur de base chez les arabes est le noir et les arabes appelaient les non-arabes les rouges car la blancheur dominait chez eux ». (rapporté par Al-Azhary, auteur du 4ème siècle de l’hégire dans Tahdib al-loughat)
Les poèmes arabes ne manquent pas de décrire la pureté de l’arabité par la noirceur, comme on retrouve dans les vers de nombreux poètes à l’instar de Miskine, Ma’bad ibn Akdar, Al-Lahaby, Abou Talib al-Nahwy…

Bani Israël, Moussa عليه السلام et la malédiction de Ham

La noirceur est également présente, voire dominante, dans la lignée des Bani Israël. Le prophète le plus mentionné du Coran, Moussa صلى الله عليه وسلم, fut unanimement décrit à la peau noire, au-delà des mensonges médiatiques. Cela fut rapporté par l’imam Ahmad, Boukhary et d’autres.
Le mépris de la noirceur s’est immiscé profondément dans les cœurs des musulmans au point de répugner ces vérités et de les supprimer de leurs livres, quitte à falsifier leurs ouvrages comme les gens du livre ont fait avant eux.
Cette question de couleur n’est pas dépourvue d’importance, car elle mène au péché le plus ignoble. Le fruit du mépris de la noirceur vient d’une graine semée par le diable lorsque celui-ci refusa de reconnaître les bénédictions divines sur Adam صلى الله عليه وسلم. Il en fut maudit et banni du Paradis.
Rappelons que le mot Adam en arabe désigne la noirceur et que plusieurs exégètes l’ont décrit de couleur noire.
Le mépris de la noirceur a créé toute une doctrine que l’on appelle « la malédiction de Ham ». Cette doctrine a influencé de nombreux exégètes, savants et érudits au point que peu de livres d’historiens soient dépourvus de ces hadiths. On peut citer :
– « Nouh صلى الله عليه وسلم a maudit Ham priant qu’il ait un visage laid et noir et que sa descendance devienne les esclaves de Sem ». (rapporté par Al-Mas’oudi)

Héritage des peuples noirs et appel à la justice islamique

Ce mépris a également détourné les musulmans de la compréhension saine du Coran. Alors que la plupart des récits coraniques ont eu lieu sur les terres africaines, nous ne trouvons pas les versions des autochtones noirs mentionnées dans les exégèses. Il a été rapporté que plusieurs mots du Coran sont des mots connus des peuples noirs et méconnus des arabes de la Mecque, comme le rapporte le savant Ibn Jawzy dans son livre Tanwir al-ghabash ainsi que l’imam Sayyouti dans Raf’ shan al-habshan.
Les études des musulmans noirs sont nombreuses. Des écoles et universités sur les terres des peuples noirs, à l’instar de Tombouctou, ont illuminé le monde au point où les savants musulmans, de l’Orient et de l’Occident, venaient étudier et profiter du savoir des savants locaux.
La compréhension et l’interprétation du Coran ne sauraient être exhaustives en ignorant ce que les musulmans noirs ont à partager.
« Ô hommes, Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur ». (Sourate Al-Hujurat, verset 13)

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